samedi 20 février 2016

Introduction


    Au XIXè siècle, le roman réaliste fait son apparition, marqué en France par Flaubert, Balzac et Maupassant. Ce genre se définit par la recherche de réel, la représentation de la réalité de manière objective et une analyse psychologique précise des sentiments des personnages. Flaubert, en 1857, publie son roman Madame Bovary qui met en scène une jeune femme en proie à sa condition rurale due à son mariage, générant alors un ennui profond. De nature rêveuse et par son goût des romans précieux, elle ne rêve que d'illusions, "de félicité, de passions et d'ivresse" et se confronte à la dure réalité de la vie. Nous nous demanderons alors en quoi le personnage d'Emma Bovary est intemporel. Nous inscrivons donc cette problématique dans le thème "Héros et Personnages". Nous aborderons la question sous forme de recherches sur des adaptations et des réécritures du roman sous diverses formes (roman, BD, roman-graphique, film...) ainsi que par des analyses d'extraits précis et des illustrations du roman.

Le personnage d'Emma Bovary dans le roman de Flaubert (1857)


     Gustave Flaubert publie en 1857 (après une pré-publication en 1856) Madame Bovary: Mœurs de province, plus couramment appelé Madame Bovary et s'inscrit alors dans le mouvement du réalisme.Le personnage principal, Emma Bovary, en proie à la fuite de la réalité par les excès de ses sentiments, rêveuse d'une vie existante, mouvementée et remplie d'histoires d'amour les plus romantiques possibles, définit alors la notion de bovarysme.

      A travers le roman, ce n'est pas un simple portrait d'Emma que nous propose Flaubert mais bien une biographie complète du personnage qui permet alors de percevoir nettement son évolution au cours de l'histoire.
     L'éducation d'Emma est droite et religieuse, elle se plaît au couvent où elle entre à 13 ans, se plaît à être la plus vertueuse que possible. Elle découvre une passion pour la lecture romanesque depuis son enfance où elle apprécie particulièrement les histoires romantiques qui la font rêver. Marquée par l'esprit romanesque auquel elle aspire, le retour à la ferme familiale est difficile : elle entre en contact avec la réalité qui la font se renfoncer encore plus dans ses rêveries sentimentales et romanesques.
 Elle se met alors à regretter le couvent et à espérer la venue d'un homme qui viendrait l'épouser et la sortir de sa situation.
     L'arrivée de Charles Bovary venu soigner la jambe de son père est pour elle un soulagement, et lorsque la première femme de Charles décède, le père Rouault et elle-même se pressent de les marier. Persuadée d'épouser un homme de qualité de par son statut de médecin, Emma est bien vite déçu de la piètre réputation de médecin de campagne de Charles. La maison n'est pas à son goût, l'ennui de la campagne et bien vite, elle ne supporte plus les manières de Charles, trop calme, habité par la routine. Elle ne peut se retrouver en Charles qui vit dans le présent et le réel alors qu'elle vit dans l'avenir et l'imaginaire, le rêve.
     Suite à l'invitation du couple chez le Marquis d'Andervilliers au château de Vaubyessard, Emma s'enferme dans les souvenirs de cette soirée, de ce bal, de tout ce beau monde et rêve alors d'une vie plus sophistiquée, de grandeurs, d'une vie à Paris, d'opéras, de théâtres... En proie à cette nostalgie et à ses regrets, son état de santé se dégrade et Charles choisit de déménager à Yonville alors qu'Emma est enceinte . Elle donne naissance à Berthe et déçue de ne pas avoir donné la vie à un fils, elle s'enfonce de plus en plus dans sa déprime.
    Après tous ces évènements, Emma va rencontrer successivement deux amants. Elle rencontre tout d'abord Léon,son double par excellence, passionné de musique, de littérature, il rêve de Paris. Cependant, Il n'est pas réellement désirée par Emma qui culpabilise lorsque Léon lui avoue avoir de vrais sentiments amoureux pour elle. Emma joue le rôle d'une épouse dévouée, laissant croire à Léon qu'il ne l'aura jamais. Il part alors étudier le droit à Paris, quittant Emma qui replonge dans la tristesse, en proie à son ennuie et à la monotonie de la vie, elle souhaite le retour de Léon.
      Elle rencontre ensuite Rodolphe lors des comices agricoles. Il est le châtelain local, il est beau, séducteur et elle lui tombe dans les bras pour vivre une liaison passionnée et enflammée. Bien qu'Emma ne soit pas très discrète et que tous les habitants en parlent entre eux, Charles ne voit rien, ce qui renforce sa stupidité. D'autant plus bête, Charles tente d'opérer Hippolyte en lui amputant la jambe, l'opération rate et nuit à sa réputation, ce qui dégoûte encore plus Emma de son mari pour lequel elle n'a plus que du mépris. Emma se voue alors entièrement à Rodolphe, le couvre de cadeaux, commence à accumuler les billets d'emprunt et prévoit de s'enfuit avec lui. Celui-ci se lasse d'elle et la quitte la veille de leur départ, laissant Emma totalement désespérée qui tombe malade et tente de mettre fin à ses jours.
     Emma finit par guérir mais lors de sa convalescence, Charles à accumulé les dettes. Il lui offre également une sortie à l'opéra à Rouen où elle retrouve Léon et reprend une liaison avec lui. Cependant, elle s'ennuie et se montre de plus en plus exigeante à son sujet alors que ses dettes se font de plus en plus importantes suite à ses folies. M Lheureux finit par faire appel à un huissier pour saisir les biens des Bovary et Emma tente alors de corrompre M Lheureux, elle suple successivement Léon et Rodolphe avec pitié afin de lui trouver de l'argent. N'ayant pas réussit et poussée à bout, elle vole de l'arsenic chez Homais et se suicide. Espérant trouver là une mort rapide et tragique, elle écrit une lettre à Charles qu'il ne pourra ouvrir avant le lendemain. Mais l'arsenic n'a pas les effets souhaités et Charles est incapable d'interpréter les symptômes de la malheureuse Emma qui meurt lentement, dans d'atroces souffrances et dans un état effroyable, bien loin de l'image tragique qu'elle se faisait.
      Charles regrette longtemps Emma pour laquelle il vouait un amour sincère. il découvre quelques temps plus tard ses correspondances avec Léon et Rodolphe et, désespéré et ruiné, finit par mourir de chagrin, laissant Berthe seule.

     Le personnage d'Emma Bovary symbolise alors l'être insatisfait de la réalité qui lui voue à destin tragique digne des romans.






Élargissement :


     Jean Rochefort, acteur français de maintenant 86 ans, participe en mars 2015 à une vidéo réalisée par Serge Khalfon sur la chaîne Youtube Magneto TV avec le site Les Boloss des Belles Lettres. Cette émission à pour but de résumer de manière comique des œuvres littéraires connues avec un langage d'adolescent très "d'jeuns". Le comique est donc d'une part provoqué par les termes employés pour parler de ce genre de texte et d'autre part le fait qu'ils sortent de la bouche d'un octogénaire, ce qui crée un parfait décalage. Dans cette vidéo, le livre à l'honneur est Madame Bovary de Flaubert, résumé en 3 petites minutes, ce qui montre que dès le départ, résumé un tel roman n'est finalement pas si compliqué. La vidéo se déroule en 4 actes : "Madame Bovary", "L'ennui", "L'argent" et "La chute" qui sont alors les grands axes qui définissent le roman. Pour lui, l'histoire est celle d'un "petit puceau" dont le "blaze" est Charles Bovary qui rencontre une "zouz de la campagne". 


      Dès le début, Emma est présentée comme le "héros" et le personnage principal en opposition à Charles qui est lui, dévalorisé et moqué dès la première phrase. Il raconte alors l'ennui d'Emma qui "se fait chier" dans un "bled pérave de Normandie" et qui la pousse à se rapprocher d'autres "keums" et "bad boys", tout cela dans un langage très familier et comique et avoir un air extrêmement sérieux. Comme Emma "kiffe le swag", elle dépense alors son argent dans "des Louboutins easy" et autres objets mais le problème est que Charles "n'a pas une thune" et Emma se trouve obligée d'emprunter et est alors qualifiée de "salope" car elle ne prévient pas son mari des dettes qu'elle accumule. La chute arrive, évoquant la séparation d'Emma et d'un de ses amants qui provoque alors son suicide qui entraîne la mort de Charles. L'histoire se résume alors par cette phrase : "Bref, c'est une putain de vie de merde."



      La vidéo reprend alors d'une manière très synthétique l'histoire de Madame Bovary en respectant la trame principale. En revanche, par le vocabulaire familier voire vulgaire employé pour décrire les personnages et les actions, l'histoire est totalement moquée d'une manière comique, dévalorisant ainsi Emma et son histoire.





     

Réflexion sur le bovarysme : histoire et interprétation


     Le bovarysme est un trouble de la personnalité dont souffrent parfois les personnes insatisfaites. Ce terme fait directement référence au personnage d'Emma Bovary de Gustave Flaubert, protagoniste du roman réaliste Madame Bovary publié en 1856 et jugé pour atteinte aux bonnes mœurs. Le bovarysme est un mal de vivre souvent réservé aux œuvres littéraires et aux analyses qui en découlent. Cependant, il est pour certains médecins et professionnels de la santé et de la psychologie un véritable phénomène de société toujours d'actualité.

     Selon quelques critiques littéraires, le bovarysme est pour la première fois représenté par Balzac dans La Femme de trente ans, où l'auteur évoquait un trouble féminin similaire caractérisé par l'ennui, l'échec et l'insatisfaction. Pourtant le bovarysme n'a rien de caractéristique à la tragédie où l'héroïne affronte le destin avec énergie et lucidité : ici il est question de « passivité nostalgique et fascinée » (J. Gracq). On peut alors trouver trois phases successives de cette pathologie : le sentiment de dégoût et d'ennui, un « insaisissable malaise, qui change d’aspect comme les nuées, qui tourbil­lonne comme le vent » (Madame Bovary, Ière partie, chap. 7) ; suivi une illusion de pouvoir combler le néant par les rêves, les désirs et les souvenirs, pris au piège de « l’attirante fantas­magorie des réalités sentimentales » (Madame Bovary, IIème partie, chap. 6) ; puis d'un vertige, de la disparition de la rêverie associés à une « mort » qui aboutissent à un nouveau malaise.

    Le bovarysme se traduit principalement dans la vie sentimentale et sexuelle. C'est un mal essentiellement moderne : Baudelaire y voit « un caractère hystérique », les Goncourt en font également une description clinique dans Germinie Lacerteux. C'est le rêve de grandeur et de passion qui rapproche le bovarysme aux illusions romantiques présentes notamment dans les Méditations poétiques de Lamartine. Flaubert offre alors une version nuancée et dégradée où l'échec des idéaux devient anti héroïque, caractéristique au personnage de Madame Bovary. 

     Sur le plan historique, le bovarysme prend essence au XIXème siècle, alors que la femme est encore une femme-objet dominée, condamnée à la frustration et aux désillusions. D'ailleurs Emma perd sont identité lorsqu'elle se marrie et se caractérise par le nom de son époux : Madame Bovary. Cependant, il est encore présent au XXème siècle dans le roman de Perec, Les Choses de 1958. On peut citer : « Ils croyaient imaginer le bonheur [...]. Ils croyaient qu’il leur suffisait de marcher pour que leur marche soit un bonheur. Mais ils se retrouvaient seuls, immobiles, un peu vides. Une plaine grise et glacée, une steppe aride : nul palais ne se dressait aux portes des déserts, nulle esplanade ne leur servait d’horizon. ».

"Madame Bovary", adaptation cinématographique de Claude Chabrol (1991)


  Claude Chabrol (1930-2010), réalisateur français, produit la neuvième adaptation cinématographique de Madame Bovary en 1991. Ce film fait l'objet d'une nomination aux Oscars de 1992 et au Golden Globes de 1991 également.

     Dans son film Madame Bovary, le personnage d'Emma est joué par Isabelle Huppert et reste finalement assez fidèle au roman de Flaubert. L'histoire est conduite par un narrateur omniscient en qui reprend à l'identique les narrations de Flaubert, ce qui permet de nous rattacher au roman où Flaubert commente de la même façon les ressentis et les pensées des personnages de manière explicite. Le film apporte une "nouvelle jeunesse" au personnage d'Emma et à son histoire, toujours avec ironie et critique sur la société.


     Dans le film, Charles Bovary est dépeint d'une manière aussi ridicule que dans le roman, il est fortement moqué et les expressions qu'apportent l'acteur (Jean-François Balmer) renforce ce côté et illustre parfaitement l'image qu'on se fait de Charles. On peut d'ailleurs remarquer qu'il apparaît beaucoup moins dans le film que dans le roman ; d'ailleurs l'incipit du roman qui fait le récit de la vie Charles est supprimé dans le film et se focalise alors sur l'arrivée d'Emma aux Bertheaux. On y trouve là une volonté de mettre en avant le personnage d'Emma, directement montrée comme la protagoniste de l'histoire afin de montrer par le même biais que Charles ne vit qu'à travers Emma.

     Le personnage d'Emma a un aspect tragique qu'Isabelle Huppert joue d'une manière très théâtrale. On s'imagine alors parfaitement les cènes de lamentation d'Emma, d'amour où elle s'emporte à la manière d'une comédienne, exagérant sans cesse sa douleur, son ennui et ses sentiments. Elle est dépeinte de la même façon que Flaubert l'a imaginée, c'est-à-dire qu'elle reste discrète et raisonnable en société mais elle montre une passion dévastatrice et enflammée auprès de ses amants où elle se livre presque entièrement.

     Chabrol, dans son adaptation cinématographique du roman de Flaubert, respecte entièrement le texte source et cherche à en être le plus fidèle. il suit scrupuleusement tous les détails donnés dans les narrations, que ce soit pour les décors, les personnages, les points de vue adoptés pour telle ou telle scène à travers le regard des personnages, les mêmes angles de vues sont utilisés. Le décor dans le film représente alors exactement celui que Flaubert nous décrit et nous donne une vision très réaliste du roman. Celui-ci est alors être comparé à un script que Chabrol n'a plus qu'à suivre à la lettre l'histoire de Madame Bovary, décrite de manière si précise par Flaubert. Il y montre alors les mêmes aspects tragiques que présente le monde matérialiste de l'époque.



"Madame Bovary", adaptation cinématographie de Sophie Barthes (2014)


     Sophie Barthes, réalisatrice française, coproduit et coécrit avec Rose Barreneche son adaptation cinématographique américano-belgo-allemande Madame Bovary. Le personnage d'Emma est joué par Mia Wasikowska, connue dans l'adaptation cinématographique Alice aux pays des merveilles de Tim Burton où elle jouait le rôle principal.


      Le film propose une adaptation aux images et à la musique sublime, qui apporte modernité et qualité narrative à l'histoire d'Emma, gardée quasiment à l'identique. le cadre spatio-temporel du roman est gardé ainsi que le fil conducteur. On reconnaît alors aisément l'histoire de madame Bovary même si on note des éléments qui diffèrent du texte source. Des passages sont supprimés comme la présentation de Charles, le retour d'Emma à la ferme et sa rencontre avec Charles : le film commence directement par la mariage des deux personnages, directement après la sortie du couvent d'Emma. On retrouve également la suppression de personnages comme Berthe, de modification de temps des actions par exemple lors de l'épisode du carrosse à Rouen avec Léon, Emma déchire la lettre dès qu'elle aperçoit Léon et non pas une fois dans le carrosse. Un changement flagrant cependant : celui de la mort d'Emma. Celui-ci est tout autant tragique mais le personnage ne meut pas empoisonné par de l'arsenic (le poison n'est pas défini) : la mort d'Emma est rapide, elle n'écrit pas de lettre et s'évanouit au milieu d'une forêt en suffoquant, laissant alors un aspect très différent de la mort d'Emma telle qu'on se l'imagine dans le roman.



    Cette adaptation est de manière générale assez fidèle à Flaubert, les éléments essentiels sont là mais quelques changements plus ou moins flagrants montrent une volonté de la réalisatrice de ne pas se fier totalement à Flaubert et d'interpréter d'une manière nouvelle le personnage d'Emma.



"Gemma Bovery", roman graphique de Posy Simmonds (1997) et son adaptation cinématographique d'Anne Fontaine (2014)


Gemma Bovery de Posy Simmonds

    Posy Simmonds, écrivaine, illustratrice jeunesse, dessinatrice de presse et auteure de bande-dessinée britannique, publie en 1997 Gemma Bovery, un roman graphique adapté de Madame Bovary de Flaubert qu'elle retranscrit dans la société contemporaine.

      Le cadre spatio-temporel varie : l'action se déroule entre Londres et la Normandie, de nos jours. Le personnage d'Emma Bovary devient alors celui de Gemma Bovery, une anglaise, décoratrice d'intérieur. Celle-ci sort d'une rupture avec Patrick Large, un riche critique culinaire qui la trompait. Elle fait la rencontre de Charlie, restaurateur d'art, divorcé et a deux enfants qui sont sous la garde de la mère qui se plaît à chercher des ennuis à Charlie dès qu'elle en a l'occasion. Gemma, qui ne supporte plus sa vie à Londres, décide d'acheter une petite maison en France, en Normandie.
     Le couple une fois arrivé dans le petit village de Normandie, fait la rencontre de ses nouveaux voisins dont le boulanger, Raymond Joubert, et sa femme ainsi qu'un riche couple d'anglais qui a emménagé dans le village.Raymond, passionné de littérature et de Madame Bovary, établit directement un lien entre les noms et prénoms des deux arrivants ainsi que le lieu où ils arrivent et l'histoire de Madame Bovary. Il se plaît alors à imaginer les actions de Gemma par rapport au roman et joue le rôle de narrateur.
     La maison où Charlie et Gemma emménagent est vieille, a de nombreux problèmes de fuites et très vite, demande de nombreux frais de réparations. Gemma s'ennuie vite, la campagne est trop calme, la maison manque de modernité... Elle rencontre alors Hervé de Bressigny, le châtelain local, en période de révisions pour ses études de droits alors qu'elle est au marché. Hervé est tout de suite attirée par Gemma dont l'attirance est réciproque comme Raymond l'avait imaginé. Une liaison amoureuse début, Gemma se rend de plus en plus souvent au château d'Hervé, s'achète de la lingerie pour lui plaire et fixe avec lui un voyage à Londres. Pendant ce même temps, la mère d'Hervé s’aperçoit qu'il ne travaille pas autant qu'il le prétend et qu'il trompe alors sa copine. Il est alors contraint de rentrer à Paris, abandonnant Gemma pour son voyage à Londres.
     Charlie, qui s'est aperçu de l'infidélité de Gemma, quitte la Normandie pour retourner en Angleterre. Gemma, en Normandie, retrouve Patrick Large chez sa voisine anglaise qui en est amie. Patrick vient de se séparer de sa copine et tente alors de reprendre Gemma qui se refuse à retourner vers lui, elle n'est qu'un objet aux yeux de Patrick.
    Raymond, qui espionnait quotidiennement Gemma, avait peur qu'elle subisse le même destin tragique que l'héroïne de Flaubert car elle avait une vie similaire. Il expose alors son angoisse à Gemma qui l'ignore. Celui-ci tente de s'excuser en lui déposant du pain devant sa porte. Patrick Large arrive peu après pour voir Gemma, et ramasse le pain. S'ensuit alors une dispute entre Gemma et Patrick qui la supplie de revenir avec. gemma, mange un morceau de pain, s'étouffe, Patrick tente de lui faire recracher. A ce même moment, Charlie, revenu d'Angleterre, voyant la scène, pense que Gemma la trompe encore et empêche Patrick de sauver Gemma qui git alors sur le sol.
     Le décès de Gemma est vite oublié par les habitants du village qui laisse cependant Raymond inquiet. Il pense que Charlie est voué à se laisser mourir comme dans le roman. Celui-ci le rassure en lui annonçant que son véritable nom est Cyril : Gemma est alors le seule personnage voué au destin tragique de Flaubert.

     A travers ce roman graphique, Posy Simmonds actualise la notion de bovarysme et l'histoire de Madame Bovary et traduit alors sa vision de l'héroïne de Flaubert telle qu'elle pourrait être de nos jours.



Gemma Bovery d'Anne Fontaine

     Anne Fontaine réalise en 2014 une adaptation cinématographie franco-britannique du roman graphique de Posy Simmonds. A travers cette nouvelle adaptation, un aspect comique en ressort d'autant plus que dans le roman, apportant vivacité et fraîcheur au récit. Celui-ci comporte néanmoins quelques différences comme la suppression de personnages (les enfants de Charlie) ou alors la modification de prénoms (Raymond devient Martin) ou encore l'ajout de personnages (le fils de Martin) qui apporte une touche d'humour supplémentaire. L'adaptation n'en reste pas moins fidèle et permet alors de toucher un public plus large et plus populaire que le roman graphique.




"Bovary 73", roman photo paru dans le magazine Nous Deux - Supplément du n.1340 (1973)


     Nous Deux est un magazine français populaire créé en 1947 par Cino Del Duca. A partir de 1950, l'hebdomadaire propose des roman-photos qui occupent une place de plus en plus grande. Nous Deux devient le symbole du roman-photo et d'histoires sentimentales en France. 
Le roman-photo (aussi photo-roman) est d'ailleurs un art narratif proche de la bande dessinée. Il propose une succession de photographies agrémentées de textes disposés ou non dans des « bulles » (phylactères) qui conduit la narration. 


    Le roman-photo Bovary 73 est disponible sur le site de référence de l'université de Rouen, consacré à l'écrivain Gustave Flaubert. Il est paru en septembre 1973 dans le supplément du n°1340 du magazine Nous Deux. Cette adaptation moderne est composée de 22 planches de photos qui actualise le mythe d'Emma Bovary dans les années 70. 

     L'adaptation est fidèle au roman de Flaubert. Le cadre spatial est respecté puisque le roman-photo se déroule à Rouen. Les personnages principaux qui y évoluent sont en l’occurrence les mêmes que dans le roman et ils gardent également des caractéristiques de ceux du roman : Charles Bovary est un médecin de campagne, Homais ne jure que par la science, Léon s’intéresse à la poésie, Rodolphe est un homme riche. Cependant quelques nuances sur ces personnages peuvent être relevées, notamment le nom de famille d'Emma qui est dans l'adaptation Berthaux et l'apparition du personnage de Virginie, une amie et amante de Rodolphe. Le déroulement de l'histoire reste aussi le même : la rencontre entre Emma et Charles, la demande en mariage, le bal, la rencontre avec des personnages tels qu'Homais, Léon ou Rodolphe, le départ de Léon, les problèmes avec Lheureux, etc... Cependant quelques éléments ont été adapté aux années 70 comme l'arrivée de Charles à la ferme des Berthaux en voiture ou le bal qui devient une soirée : ces éléments changés permettent d'actualiser Emma Bovary et le bovarysme qui y est associé. Des clins d'oeil à l'oeuvre de Flaubert sont d'ailleurs nombreux (par exemple, le dernier phylactère "qu'on accuse personne").

   Cette adaptation moderne a une fonction de divertissement comme d'actualisation puisqu'elle raconte les liaisons sentimentales et la psychologie d'une femme contemporaine. Elle n'est d'ailleurs pas la seule puisqu’un autre roman-photo Madame Bovary est paru en seize épisodes en 1979 par le magazine Femme d'aujourd'hui. 
         
         

"Bovary, pièce de province", pièce de théâtre de M. Moritz Dinoponera, compagnie Howl Factory (2014)


    Bovary, Pièce de Province est une pièce de théâtre "d'après le roman de Gustave Flaubert" Madame Bovary. Cette adaptation et cette mise en scène ont été réalisées en 2013 par Mathias Moritz, un artiste de théâtre contemporain né en 1983 et créateur en 2006 de la compagnie Dinoponera / Howl Factory. 

     La pièce de théâtre se concentre sur le personnage de Charles Bovary, mari d'Emma et médecin de campagne qui est présent du début à la fin du roman à l'inverse de son épouse qui donne pourtant son nom pour le titre. L'auteur a d'ailleurs choisi d’appeler le spectacle Bovary, Pièce de Province en référence au sous-titre Mœurs de Province du roman mais aussi de supprimer le Madame pour s'axer d'avantage sur le personnage de Charles. Lors d'un interview de Caroline Cutaia, Mathias Moritz nous explique les enjeux de sa réécriture, de son adaptation.


     Le spectacle met en scène 11 acteurs qui jouent durant 3h30 les 48 personnages du roman et les nombreux éléments qui forment la vie de Charles Bovary de façon crue : l'école et le vol de la casquette, les conflits entre ses parents, l'étude de la médecine, son abandon et ses tours dans les bars, sa relation avec sa première épouse, sa rencontre avec Emma etc... La continuité de l'histoire est alors assez bien respectée. 

     Dans cette pièce de théâtre, le personnage est d'Emma semble torturé, peut-être davantage que dans le roman, à la manière d'une héroïne tragique. L'ennui est son terrible ennemi et lui fait faire des folies. Le personnage de Charles, au centre de la pièce, ne désire lui qu'être heureux ; et le jeu d'acteur le fait passer du docteur à l'imbécile, de l'époux au fils torturé : l'homme rêvait de théâtre et sa vie en devient un où il paraît autant acteur que spectateur. D'ailleurs, lorsqu'Emma meurt, il rejoue sa femme. Entre ses joies et ses malheurs, on se concentre réellement sur la réussite et la déchéance du médecin. 

     Moritz dit d'ailleurs "Madame Bovary c'est lui, Flaubert c'est nous". L'enjeu de cette pièce est pour l'auteur de saisir les éléments qui sont laissés obscurs et entre parenthèses dans l'oeuvre de l'écrivain pour aboutir à une modernisation, notamment par la mise en scène contemporaine. Madame Bovary résonne alors encore dans nos mœurs modernes avec cette volonté de réussir et cet ennui caractéristique. La réécriture poussée et sa mise en scène ne sont au final qu'un représentation de la vie, d'une vie moderne à la Bovary. 


"La Condition Pavillonnaire", roman de Sophie Divry (2014)


   Sophie Divry est une écrivaine et journaliste née en 1979. Elle est notamment connue pour son roman La Condition Pavillonnaire qui reçoit la mention spéciale du prix Wepler en 2014. 

  La Condition Pavillonnaire met en scène la vie d'une femme, M.A, qui est éternellement insatisfaite. Les initiales de l'héroïne ne sont pas sans rappeler un certain prénom : l'Emma (Bovary) de Flaubert. L'inspiration est parfaitement assumée puisque la seconde partie s'ouvre sur une citation de l'écrivain "Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement.". Le roman dévoile par ailleurs la condition humaine d'une femme mariée installée dans un lotissement : sa condition pavillonnaire. 



     Retraçant l'existence d'M.A de son enfance à son mariage en passant par ses rêves de voyages et de bonheur, son ennui, et sa solitude, le roman dévoile l'effondrement d'illusions par le biais d'un narrateur objectif qui ne commente pas mais dépeint uniquement la vie moderne. L'histoire semble encore plus une réécriture du mythe de Flaubert comme la bourgeoisie insatisfait éternellement l'héroïne et que son mari, François, un homme gentil qui se contente pleinement de ce qu'il a à la façon de Charles, lui reproche d'en vouloir toujours davantage.

     François, le Charles moderne, apparaît alors comme une homme qui a vécu certes simplement mais honnêtement, il n'est pas ridiculisé et lorsqu'il meurt on en retient de lui une image positive à l'inverse de sa femme. M.A est ennuyée de la vie ordinaire qu'elle mène. Sophie Divry nous délivre "M. A. n'avait pas compris que ce qui remplit la vie est un mode d'être, le présent de la phrase dans laquelle on respire, non un événement placé dans le futur, et qui après consommation de lui-même, nous laissera déçus devant un frigidaire.". Ici repose tout le sens du personne qui se rapproche alors de la Madame Bovary mais aussi de nous. L'écrivaine parvient à nous placer un miroir, à moderniser le bovarysme pour nous transmettre une leçon : l'ennui n'est pas de vivre une vie ordinaire, l'ennui c'est de ne pas vivre et rêvasser trop souvent sur des illusions qui seront décevantes. 

La première déception d'Emma (partie 1 chapitre 5 )


Flaubert, Madame Bovary, 1857


      Dans le roman de Flaubert, la première déception d'Emma est liée aux actes de son mari Charles. En effet, ce sont les actions de ce dernier constamment heureux et émerveillé qui l'ennuient. Cette lassitude est représentée par les énumérations et les descriptions des actes de Charles qui apparaît comme un homme faible qui ne peut "se retenir", un "enfant qui se pend après vous". Le narrateur nous offre alors une analyse psychologique de l'héroïne puisque nous entrons dans ses pensées : "songeait-elle". La déception d'Emma a lieu à cause d'illusions causées par ses livres "avaient paru si beaux dans les livres". Elle est si absorbée à chercher le sens de "félicité", "passion" et "ivresse" qu'elle ne vit pas et cherche insatisfaite toujours plus. Ce passage nous annonce la début de la déchéance du personnage dans un cercle vicieux entre rêves, espérances et déceptions. 


Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008

      La déception est représentée comme dans le roman par la comparaison de sa vie aux histoires qu'elle a pu trouver dans ses livres. La BD très fidèle reprend des citations comme "le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n'était pas venu". On entre également dans les pensées de l'héroïne très facilement.


Posy Simmonds, Gemma Bovery, 2001

     La première déception de Gemma dans le roman graphique est délivrée dans son journal. En effet c'est la "première entrée du journal" et la déception est présente par la haine que Gemma éprouve contre le lieu, le calme et enfin Charlie, son mari : "elle hait la Normandie" "elle hait Bailleville" "elle hait la pluie" "la maison est une énorme déception" "ce calme mortel qui l'horripile" "je hais ma vie" "à le haïr [Charlie] aussi". C'est donc la maison qui reflète le plus la déception du personnage et qui est au centre de son ennui et des sentiments négatifs. 


Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973
Planche référente

     La planche de la première déception d'Emma s'intitule "Premières désillusions", preuve que la jeune femme se passionne pour la rêverie même dans une adaptation de 1973. Sur cette planche, Emma s'occupe de la décoration de la maison tandis que Charles s'enferme dans de longs silences qui "conviennent à sa nature". Cependant la mère de Charles reproche à sa belle fille ces changements. S'en suit alors des soirées entières où Charles ne discutent pas et où Emma lui reproche. Nous sommes alors témoins des pensées d'Emma qui réfléchit sur le mariage comme dans le roman et alors qu'Emma tente de réveiller Charles pour lui parler de ses tourments, celui-ci ne l'écoute pas. Elle a alors de la peine. Le fond de la réflexion et de l'analyse de la psychologie du personnage sont présents dans ce roman-photo, cependant il nous offre également une représentation des échecs de communications dans un couple. 


Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)

     Dans le spectacle, la scène est représentée après la consommation du mariage du couple Bovary. Emma lit des poèmes de Musset et alors s'effectue une rupture, elle commence à rejeter Charles par le biais de ses bottes. Alors que Charles est parti travailler, elle reste avec son chien et lui parle, lui posant des questions. "Pourquoi me suis-je mariée ?". Elle se divertie en chantant une musique dont les paroles sont portées sur le mariage et l'ennui maladif. La représentation de la première déception d'Emma est très différente dans cette pièce mais le fond est le même : on découvre les pensées de l'héroïne quand elle se confie à son chien et chante une chanson. Elle repousse également Charles par le biais de ses bottes.


Alfred de Richemont, Emma et Charles, 1905 (gravure)
     Cette gravure de de Richemont représente Emma et Charles à table dans le appartement. Charles mange tandis qu'Emma semble préoccupée et rêveuse. Cette gravure est très représentative de la première déception d'Emma car on perçoit son ennui face à son mari voûté et sans doute sans aucune discussion - ce qu'elle lui reproche. Les deux personnes sont séparés malgré leur lien du mariage et ne partage pas la même activité : Emma repousse Charles pour ses rêveries. L'homme est également en train de faire quelque chose de concret, de réel et de nécessaire : manger, tandis que sa femme se berce d'illusions. 

Le bal (partie 1 chapitre 8 )


Flaubert, Madame Bovary, 1857

Extrait référent

     L'extrait du bal dans Madame Bovary offre une opposition entre la bourgeoisie et les paysans. En effet, on décrit la salle de bal puis ce sont les domestiques qui en cassant des vitres pour "l'air lourd" qui attirent l'attention d'Emma sur des "faces de paysans qui regardaient". La femme se rappelle alors de son ancienne vie chez les Bertaux brièvement puisqu'elle doute ensuite de l'avoir vécue et se conforte davantage dans sa bourgeoisie avec une "glace au marasquin" en fermant "à demi les yeux". Cet extrait marque une rupture entre la vie passée d'Emma : la réalité avec les paysans et ses illusions : le monde du rêve avec les aristocrates. La scène est symbolique : Emma est un personnage passif déclassé qui regarde les invités et qui est regardée par les paysans. Flaubert illustre alors l'histoire et la personnalité de son héroïne.


Claude Chabrol, Madame Bovary, 1991


     Le film, Emma se balade, écoutant les conversations, observant les invités. Elle est énormément passive après une danse. Elle observe notamment le jeu de l'aristocratie, puis les domestiques cassent les vitres. La rupture qui doit se former grâce aux paysans n'est cependant pas présente : c'est Charles qui paraît ridicule et qui fait tâche en regardant sa femme se faire inviter pour une valse. Il est alors le symbole de la vérité, de son milieu tandis que l'homme avec qui elle valse représente son rêve. De plus, à la fin de la danse, elle se balance comme bercée. Le résultat est le même : la scène illustre bien la personnalité de l'héroïne.



Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008


    La bande dessinée est assez fidèle au roman : l'air est chaud, l'aristocratie représente le rêve d'Emma et les paysans contre les fenêtres lui rappellent son ancienne vie, la réalité. La scène du bal est cependant assez peu exploitée mais elle mène toujours au même but : Emma regrettera se bal et passera son temps à rêvasser davantage. 



Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973

Planche référente

     La planche de Bovary 73 s'intitule "bal et discussions" ce qui annonce le thème et la scène qui sera racontée. Le couple Bovary est invité à une soirée typique des années 70. Emma s'amuse et Charles en est fier : "tous l'adorent". Cependant, la jeune femme raconte à son mari qu'elle a vu un couple d'amants qui s'embrassaient sans honte. Puis, un homme vient inviter Emma à danser, il l'invite d'ailleurs aussi à venir à Paris, mais elle le repousse en lui disant que sa place est auprès de son mari. L'homme lui reproche alors de vivre deux siècles en arrière. La scène est très différente de l'oeuvre de Flaubert non seulement par la modernisation mais par "l'intrigue". Le but de ce roman-photo est de représenter les mœurs de l'époque.

Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)

     Le spectacle offre une scène de bal très modernisée : une soirée "déguisée". Les acteurs portent des masques, c'est le bal des faux-semblants. Le début de la scène se déroule dans le noir, une lumière rouge éclaire la scène et un noble enjoué, le marquis, amuse les deux arrivants. C'est le bonheur pour Emma, le rêve et les illusions. Cela laisse place à une fête moderne avec de la musique contemporaine et des éclairages de boîte de nuit. Tout le monde danse et lorsque Charles appelle Emma, elle le repousse et il reste seul tandis qu'elle continue à danser. La rupture est encore présente : Charles représente la réalité et la danse permet à Emma de s'évader et de s'élever à la façon de la valse dans le roman ou dans le film de Chabrol. La continuité de l'histoire est aussi annoncée : Charles ne cessera de se faire repousser et Emma de fuir la réalité. 



Alfred de Richemont, Le bal, 1905 (gravure)


     Cette gravue d'Alfred de Richemont illustre la scène de bal du roman de Flaubert. On y voit des personnages de l'aristocratie qui dansent et d'autres qui sont assis et discutent sans doute. La pièce est magnifique : il y a un lustre, des fleurs, un parquet etc... et les personnages sont habillés avec des costumes et des robes de bal brodées de ruban. Cependant, cette gravure n'illustre pas la rupture entre la réalité et le rêve d'Emma mais seulement ce qu'elle désire et ce dont elle ne fait pas partie.





La déclaration de Rodolphe lors des comices agricoles (partie 2 chapitre 8)


Flaubert, Madame Bovary, 1857


      Dans le roman de Flaubert, Rodolphe évoque ses sentiments d'une manière implicite, il ne désigne pas Emma directement : "cette personne". C'est par son regard à Emma qu'on comprend que ses propos lui sont adressés "et il la regardait". Plus tard, il crée un rapprochement avec l'emploi du "nous" et par sa métaphore, il exprime leur attirance réciproque qu'Emma ne dément pas : "il saisit sa main ; elle ne la retira pas". Emma est ici spectatrice de la scène, elle ne dit rien mais son amour s'exprime physiquement "Un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres", "il la sentait toute chaude et frémissante". Rodolphe s'emporte par ces gestes, il se voue tout entier à Emma : "je suis à vous".          On trouve là la naissance d'un amour violent et passionné auquel seront en proie les deux amoureux.

Claude Chabrol, Madame Bovary, 1991

       Dans cette scène, on peut alors voir la succession de plan entre la pièce ou Emma et Rodolphe se trouvent et les comices agricoles, ce qui illustre parfaitement l'image présentée dans le roman de Flaubert. On y voit Rodolphe, s'adressant à Emma, reprenant à la lettre le discours qu'il tient dans le roman alors qu'elle regarde dans le vide, tournée vers la fenêtre dont elle perçoit la fête.
      On a alors une image parfaitement représentative du roman qui illustre à la perfection ce que Flaubert à écrit. Seule différence : la scène se termine par l'image d'un baiser passionné qu'on ne retrouve pas de manière explicite chez Flaubert.

     

Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008

      Tout comme dans le roman et le film de Chabrol, on retrouve cette alternance de plans (cases) entre les comices et les amoureux. De petites parties du discours de Rodolphe apparaissent traduisant une volonté de reprendre de manière fidèle Flaubert, ainsi que le lieu avec la fenêtre donnant sur les comices. La scène se termine là aussi par un baiser passionné entre les deux amoureux : on a alors l'impression d'une adaptation de Chabrol plus que de Flaubert et on peut d'ailleurs noter que les personnages et les vêtements sont également inspirés du film de Chabrol.



Posy Simmonds, Gemma Bovery, 2001

     On ne retrouve pas la première déclaration de Patrick (qui remplace Rodolphe). En effet, celui-ci étant l'ex de Gemma avant qu'elle ne se marie avec Charlie, nous n'avons pas les détails du commencement de leur amour. On trouve néanmoins la déclaration de Hervé (qui remplace Léon), qui suite aux propos d'Emma qui dit que leur relation ne durera pas et que c'est pour ça que c'est beau, lui déclare enfin ses véritables sentiments de manière très implicite et niaise qui parodie les déclarations très romantiques qu'on peut trouver.


Note : Dans l'adaptation cinématographique Gemma Bovery d'Anne Fontaine, la scène est représentée différemment : c'est lors d'une visite d'Hervé chez Emma que celui-ci lui fait sa déclaration alors que Charlie s'est absenté.


Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973
Planche référente

     Ici, les deux amants se retrouvent au théâtre à Rouen, en face à face sur la scène vide. Par ce lieu, l'aveu des sentiments de Rodolphe semble être une illusion, une "comédie" comme au théâtre à laquelle Emma ne croit pas : ils sont tous deux acteurs. Les propos tenus ne sont pas les mêmes que dans le roman, apportant alors une modernité au discours. Emma, qui paraît à la fois proche et éloignée de Rodolphe (elle ne regarde presque jamais Rodolphe, elle a un rôle d'actrice), participe davantage au dialogue qui se crée. Elle montre son admiration pour lui, évoque sa richesse et ses connaissance, elle est admirative de son rang. Rodolphe finit par lui avouer explicitement ses sentiments : "Je t'aime, Emma, et j'ignorais qu'on pouvait aimer ainsi" tout en lui tenant le visage de ses deux mains ; il y a donc ici aussi un rapport physique lié aux mains, mais plus démonstratif d'un romantisme que dans le roman. Les deux amants s'embrassent finalement et Emma veut s'en aller de ce lieu : elle ne veut pas que leur amour soit toucher par l'illusion et la comédie, elle veut un amour réel et vivant.
     Dans cette adaptation, on trouve un aspect assez fidèle mais la scène est néanmoins actualisée par les discours, les vêtements. On trouve également sur le théâtre avec la référence aux acteurs et à leur rôle ce qui renforce l'illusion de l'amour.


Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)
     Dans cette pièce, la déclaration de Rodolphe n'a pas complètement lieue lors des comices agricoles. Lors des comices, symbolisées par l'écriture "comices agricoles" sur la toile de fond et un vieil homme criant sur un escabeau, on retrouve Rodolphe et Emma. Dans leurs propos, on retrouve une reprise des paroles tenues dans le roman "Triste distraction car on n'y trouve pas le bonheur", "ce trésor que l'on a tant cherché"... La juxtaposition du dialogue entre Emma et Rodolphe et les annonces faites par le vieil homme crée une sorte de brouhaha qui empêche de se concentrer sur les deux amants comme les alternances dans le roman entre les comices et les deux personnages. La scène se termine par l'action de Rodolphe qui impose le calme : "Ta gueule !" et permet alors une réflexion sur la possibilité qu'Emma puisse l'aimer, il se questionne. C'est finalement 6 semaines plus tard que Rodolphe retrouve Emma, se met à genoux devant elle et lui déclare "Je vous aime.". Emma évite le sujet : "Je vous sers quelque chose ?", l'ignorant alors (mais ce n'est pas pour autant que leur liaison n'a pas lieue car Rodolphe lui propose de monter à cheval et, poussée par Charles, Emma accepte, tout comme dans le roman, et tombe dans les bras de Rodolphe.
     Nous avons donc ici une annonce explicite de la part de Rodolphe contrairement à Flaubert. La scène est également modifiée, il n'y a pas de rapprochement physique entre les deux personnages, elle est actualisée par le langage employé, mais elle reste néanmoins assez fidèle avec la reprise des dialogues.

La demande d'argent à Rodolphe et la mort d'Emma (chapitre 8 partie 3)


Flaubert, Madame Bovary, 1857

Extrait référent

     Nous sommes maintenant à la fin du roman : Charlie n'étant toujours pas au courant des accumulées et Emma ayant appris le retour de Rodolphe, elle se rend chez Rodolphe. Elle tente alors de séduire à nouveau : "Ô Rodolphe ! si tu savais… je t’ai bien aimé !". Rodolphe, dans un premier temps, réagit à ses avances et se montre doux et affectueux avec elle : "il finit par la baiser sur les paupières, tout doucement, du bout de ses lèvres.". Inquiet de son état et voyant qu'elle a pleuré il se demande alors quelle est la cause de son malheur, ce à quoi Emma répond qu'elle est ruinée. Elle demande impérativement de l'aider, sans transition : "Tu vas me prêter trois mille francs !". A partir de là, la situation s'inverse, Rodolphe découvre alors qu'Emma ne revient vers lui que pour de l'argent : "Ah ! pensa Rodolphe, qui devint très pâle tout à coup, c’est pour cela qu’elle est venue !", Rodolphe n'est pas dupe. Il devient alors froid et distant : "Je ne les ai pas, chère madame.", le lien amoureux et passionné qui les unissait est rompu, il considère qu'Emma est une inconnue pour lui.
     Suite à cet épisode, Emma est désemparée et se procure en secret de l'arsenic chez le pharmacien Homais. Pensant à une mort fulgurante, elle écrit une lettre destinée à Charles dans laquelle elle lui explique les raisons et les causes de sa mort. Celui-ci ne devra lire la lettre que le lendemain alors qu'Emma aura déjà succombé au poison. Elle s'allonge et attend que son heure vienne mais contrairement à se qu'elle avait prévu, Emma "ne tarda pas à vomir du sang", ce qui annonce alors la mort lente et douloureuse qu'elle s’apprête à vivre. Elle se voit dans un rôle d'héroïne tragique et veut se voir dans l'état de sa mort : "elle demanda son miroir", elle veut alors s'admirer telle une tragédienne. Son image en est toute autre ; Emma est bien loin d'une mort digne, elle subit d'atroce souffrances, convulse, délire : "Sa poitrine aussitôt se mit à haleter rapidement. La langue tout entière lui sortit hors de la bouche ; ses yeux, en roulant, pâlissaient comme deux globes de lampe qui s’éteignent, à la croire déjà morte", "Emma se releva comme un cadavre que l’on galvanise, les cheveux dénoués, la prunelle fixe, béante", "Et Emma se mit à rire, d’un rire atroce, frénétique, désespéré, croyant voir la face hideuse du misérable. La mort d'Emma et la folie qui l'accompagne font peur (d'ailleurs, lorsque sa fille Berthe la voit, elle ne peut s'empêcher de souligner que sa mère sue et qu'elle en a peur). La phrase qui conclue sa mort pour pousser à la réflexion : "Elle n’existait plus." car Emma a-t-elle vraiment existé ? A-t-elle vraiment vécu la réalité et non pas vécu à travers les images de ses romans d'amour, à travers les illusions et désillusions ? La mort d'Emma définit son destin tragique auquel elle est vouée et sa mort, bien qu'elle soit atroce, la dévalorise complètement : elle se trouve bien loin de ses illusions de tragédienne et des images de perfection qu'elle garde de ses lectures.

Claude Chabrol, Madame Bovary, 1991

       Dans cette scène tout comme le reste du film, Claude Chabrol apporte une fidélité parfaite au texte de Flaubert. On voit alors Emma courir chez Rodolphe après avoir tout essayé pour trouver de l'argent. Elle lui tourne autour, cherche le contact, les dialogues sont gardés. Elle finit par se jeter aux pieds de Rodolphe, l'implore et demande sa pitié : la scène est exagérée et se rattache alors au pathétique d'une manière plus forte encore que dans le roman. Rodolphe adopte un comportement et une attitude froide et distante, créant ainsi le même effet de rupture.
     La mort d'Emma colle à la perfection au texte et met en image la vision qu'on en a : Emma sue, délire, elle est blanche, elle incarne la folie. La vision qu'on en a est effroyable : elle finit dans un état pitoyable et meurt subitement d'une convulsion. Nous avons ici aussi une vision totalement opposée de la mort digne de l'héroïne tragique : Emma meurt comme une moins que rien ce qui rappelle le fait qu'elle est une personne ordinaire et non l'héroïne de roman qu'elle a toujours rêvé d'incarner : elle est confrontée à l'horrible réalité de la vie (et donc de la mort aussi).
     On a alors ici une image réaliste mais peut-être un peu exagérée de l'imploration d'Emma à Rodolphe et de sa mort : le réalisateur a la volonté marquée de retranscrire à la perfection le personnage d'Emma et l'histoire même de Madame Bovary.



Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008

     La planche reprend au mot près les propos tenus entre Emma et Rodolphe. Les expressions et tenues semblent ici aussi tirées du film de Chabrol : Emma porte les mêmes bijoux, la même robe, adopte le même air renfrogné à son arrivée. Une tentative de rapprochement physique est là aussi représentée : Emma prend le visage de Rodolphe entre ses deux mains, les yeux larmoyants. Elle demande aussi brutalement à Rodolphe de lui prêter de l'argent, il refuse catégoriquement : la distance se crée. On remarque d'ailleurs que lors du rapprochement, les deux personnages apparaissent chaque fois ensemble dans les cases. A partir du moment où Rodolphe refuse catégoriquement et marque la distance avec l'emploi de "madame", les deux personnages apparaissent alors individuellement dans les cases, marquant ainsi une nette séparation.


     La mort d'Emma est également retranscrite d'une manière assez fidèle au roman et occupe un nombre assez important de planches montrant ainsi que l'auteur à voulu accentuer l'importance de cette scène. L'effet tragique et sombre de ce passage est alors retranscrit par des marges et des espaces en noir entre les cases (et non pas blanc) ce qui accentue l'aspect morbide. Autre détail : les cases où l'ont voit Emma ou encore celles où les personnages se penchent vers Emma, les couleurs sont dans les tons bleux faisant ressortir l'aspect cadavérique du personnage principal. Son aspect de fantôme, de spectre, d'agonisante ressort alors davantage marquant ainsi la douleur de sa mort. Les détails de son visage retranscrivent également de manière fidèle le texte : elle sue, elle a des cernes, elle est épuisée, ses lèvres sont sèches, ses traits sont creusés, on la voit délirer...


     On trouve ici, tout comme chez Chabrol, une volonté de traduire avec justesse Madame Bovary dans un autre genre.


Albert Auguste Fourier, La mort d'Emma Bovary, 1854, huile sur toile, 73x92 cm, musée Flaubert & d'Histoire de la Médecine (Rouen)




      Ce tableau est le plus connu concernant la mort d'Emma Bovary. Emma est sur le lit, dans sa robe de mariée, on ne voit pas son visage. Charles, à côté est désespéré alors que Homais et Bournisien, assis, assistent impassibles à la scène. La mort est représentée ici selon les règles de bienséance : on ne fait pas l'apologie du morbide. Emma est déjà morte, elle n'est pas en train d'agoniser.
      On a donc ici une représentation fidèle à "l'après-mort" d'Emma dans le roman. On ne représente pas ici la mort de manière violente, elle est ici sacrée. Le fait que le visage d'Emma ne sois pas présentée pose la question suivante : la mort est-elle représentable ? D'une manière générale, le tableau vise également à ne pas dévaloriser plus Emma et montre également qu'il n'y a pas besoin d'image pour se représenter parfaitement la scène décrite par Flaubert avec une précision flagrante.

Sophie Barthès, Madame Bovary, 2014

     Dans ce film, la demande d'argent à Rodolphe est assez fidèle au roman, les émotions, les gestes, les paroles sont les mêmes mais on est moins dans le pathétique et l'exagération que chez Chabrol : la scène gagne en réalisme.
     Néanmoins, le plus intéressant dans cette adaptation, très fidèle à Flaubert dans son ensemble, un détail est troublant : la mort d'Emma n'est pas du tout à l'image de Flaubert. En effet, Emma s'empoisonne mais, le poison n'est pas nommé. Elle va ensuite dans la forêt (elle ne rentre donc pas chez elle, ne prévient personne, n'écrit rien) et là, le poison fait effet, elle suffoque, manque d'air et meurt, comme évanouie. On a donc ici une mort plutôt rapide, bien loin de la vision d'horreur proposée par Flaubert. Ainsi, le personnage ne paraît pas aussi dévalorisé et ne subit pas de changement physique (sueur, tremblements, hallucinations) : la mort en est d'autant plus digne.
      On peut alors penser que la réalisatrice a voulu garder une image d'Emma digne et ne veut pas s'en moquer par la figure emblématique que ce personnage représente : elle a pour volonté d'en faire ressortir une héroïne.



Posy Simmonds, Gemma Bovery, 2001

     Dans cette adaptation, on ne retrouve pas de demande d'argent. On peut néanmoins rapprocher cette scène au retour de Patrick Large (qui remplace Rodolphe) qui lui, au contraire, revient vers Gemma pour la récupérer ("Mais tu m'aimais avant n'est-ce pas ?") et recommencer une relation stable que Gemma refuse malgré le statut social élevé et la richesse de celui-ci et montrant son désintérêt par en mangeant son pain. On a donc une situation totalement opposée : le personnage principal de ne dévalorise pas, elle n'a pas recours à sa faiblesse pour régler ses problèmes d'argent car elle estime devoir les régler seule. Cette scène traduit alors l'indépendance de la femme qui se détache d'une société patriarcale : elle ne veut pas avoir recours aux hommes, elle fait tout par elle même (dans le roman, Emma s'émancipe par ses billets mais est toujours sous contrôle des hommes).
     Suite à cela, la machine tragique est en marche : Gemma s'étouffe avec le morceau de pain qu'elle mange. Patrick tente alors de la secourir mais Charlie qui arrive à ce moment là suite à un appel de Gemma qui lui disait qu'elle l'aimait, voit alors Patrick avec les bras enroulés autour de Gemma. Il croit alors à un adultère, se met en colère et saute sur Patrick pour l'empêcher d'approcher Gemma qui, sans secours, s'étouffe, suffoque puis meurt. Ici, la mort de l'héroïne n'est pas visuelle, seule la narration nous apprend comment Gemma meurt : "elle était par terre, inconsciente ou morte. Elle avait une drôle de couleur.", "Gemma était morte". La mort paraît alors moins violente que dans le roman de Flaubert, elle n'est pas la cause d'un suicide, la cause est ridicule et qualifiée d' "accident".
     La dessinatrice remet alors en question le décès de Gemma : Gemma peut-elle se suicider ? Aujourd'hui, se suiciderait-on dans cette situation ? La mort violente du personnage est-elle essentielle ? Ici, Gemma ne meurt pas en tant qu'héroïne tragique, sa mort est ridicule, fait rire et est pathétique ce qui montre alors une volonté de dévaloriser la mort du personnage principal de Flaubert et de s'en moquer.



Note : Dans l'adaptation cinématographique d'Anne Fontaine, la scène du retour de Patrick Large est assez fidèle au roman graphique. On peut néanmoins noter que pour ce qui concerne le décès d'Emma, on y trouve un aspect visuel en plus : on ressent l'agonie d'Emma, sa peur face à sa mort imminente mais qui ne ressemble pas tout à fait à celle d'Emma chez Flaubert car Gemma ne meurt pas de manière aussi atroce ni dans un état épouvantable et cadavérique.


Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973

Planche référente

        Dans cette adaptation, Emma ne retourne pas voir Rodolphe pour lui demander de l'argent : elle ne demande à personne et refuse les avances de M Lheureux. Elle va donc chercher un poison directement dans le laboratoire de Charles - le nom du poison n'est pas indiqué, la narration précise seulement la fascination d'Emma pour la tête de mort sur l'étiquette. Les symptômes sont fulgurants et arrivent aussitôt. Dès le retour de Charlie, Emma lui avoue s'être empoisonnée : pas de lettre comme dans le roman. Charlie et deux collègues tentent de la sauver en vain, malgré le fait qu'Emma ait avoué s'être empoisonnée. Elle meurt alors dans d'atroces souffrances, on la voit agoniser et crier dans son lit ; l'image est néanmoins moins brutale que chez Flaubert. La phrase caractéristique de sa mort n’apparaît pas ("Elle n'existait plus") : on a une dimension moins brutale comme si c'était le cours naturel de la vie et qu'il n'y a rien à ajouter. On retrouve pourtant une allusions au texte de Flaubert : "elle en avait fini avec les trahisons, les bassesses" qui montre que le destin tragique est dû à tout cela.
     On trouve  ici des caractéristiques de la mort d'Emma : la douleur, le poison, le fait qu'on essaie de la sauver mais on y trouve également une actualisation par les discours, les personnages (vêtements..) et le tout en général afin de transcrire Emma Bovary telle qu'on pouvait se la représenter dans les années 70.

Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)

     Lors de la demande d'argent à Rodolphe, Emma n'avoue pas éprouver encore des sentiments pour lui, qui, en revanche, lui déclare de nouveau son amour. Emma lui avoue alors ses dettes mais, elle n'exige pas qu'il l'aide, il comprend de lui-même : "Je ne les ai pas chère amie". L'emploi de "amie" varie par rapport au "madame" de Flaubert : il n'y a pas de distance de créée, Rodolphe ne rejette pas Emma.
     Emma se procure finalement l'arsenic, qu'elle prend à pleine main pour en mettre dans sa bouche. Tous les hommes sont debouts sur des chaises alors qu'Emma est à terre, créant ainsi une situation d'infériorité pour Emma, dominé par les hommes, ce qui ne l'empêche pas de se monter contre eux en leur jetant l'arsenic en leur criant à chacun "Meurs !" ce qui montre que son malheur provient des hommes, de l'amour et de l'argent. Elle devient alors complètement folle et hystérique et annonce sa mort : "Je m'appelle Emma Bovary et à partir d'ici, je disparais de la pièce.". Elle commence alors à vomir dans l'herbe, avoue son infidélité à Charles de vive voix (ce qu'il ne relève pas tant il est inquiet pour elle), s'étouffe, se débat, agonise en même temps que l'aveugle chante, puis, elle meurt. Homais annonce qu' "un drame vient de se produire : victime d'une tragique méprise qui lui fit confondre le sucre et l'arsenic en préparant une crème à la vanille, Madame Bovary vient de passer.". Cette phrase comique est une sorte de satire de la mort d'Emma, qui est alors totalement moquée et dévalorisée. Le terme "passer" remplace le verbe "exister", ce qui montre ici qu'Emma n'a pas eu vraiment d'importance, n'a pas vécue, elle était juste de passage dans la vie.
     On a alors une actualisation de la scène de par les actions et le comique, Emma incarne la folie dans ses propos, ses gestes et est totalement dévalorisée.

Madame Bovary dans le dessin : une figure de l'ennui


     Dans les couvertures de roman, on peu d'ors et déjà voir que Madame Bovary constitue une figure de l'ennui profond. Les illustrations, récupérées de tableaux ou réalisées pour l'édition, ont alors presque toutes un point commun. Parmi les nombreuses couvertures qu'on retrouve, on a donc l'image de cette femme assise ou debout, la main sous le menton, le regard dans le vide, un visage pensif, éloigné de toute vie et de tout réel.
     On trouve alors le code de représentation d'Emma : une figure de l'ennui, à l'écart de la vie, pensive et lasse.



Conclusion


     Le personnage d'Emma est alors intemporel : il se définit par ses sentiments, ses mœurs, ses actes et non pas par son époque. Emma incarne la figure de l'ennui, du rêve, de la passion, de l'échec amoureux et des illusions : tout cela constitue alors une figure entièrement intemporelle qui est toujours d'actualité et à laquelle on peut encore s'identifier. On retrouve toutes ces caractéristiques à travers le roman ainsi que ses adaptations. Le personnage permet également de montrer autre chose que la réalité du bovarysme : il permet de faire passer des idées, faire ressortir des traits de caractère d'autres personnages, montrer la condition féminine et se moquer du sentimentalisme romantique. Le fait de voir Madame Bovary adaptée et réécrite encore de nos jours dans de nombreux genres en France ou dans d'autres continents prouve d'ailleurs l'universalité du personnage et son intemporalité ainsi le fait que les auteurs se retrouvent dans ce personnage et l'interprètent à leur manière.