Flaubert, Madame Bovary, 1857
Dans le roman de Flaubert, Rodolphe évoque ses sentiments d'une manière implicite, il ne désigne pas Emma directement : "cette personne". C'est par son regard à Emma qu'on comprend que ses propos lui sont adressés "et il la regardait". Plus tard, il crée un rapprochement avec l'emploi du "nous" et par sa métaphore, il exprime leur attirance réciproque qu'Emma ne dément pas : "il saisit sa main ; elle ne la retira pas". Emma est ici spectatrice de la scène, elle ne dit rien mais son amour s'exprime physiquement "Un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres", "il la sentait toute chaude et frémissante". Rodolphe s'emporte par ces gestes, il se voue tout entier à Emma : "je suis à vous". On trouve là la naissance d'un amour violent et passionné auquel seront en proie les deux amoureux.
Claude Chabrol, Madame Bovary, 1991
Dans cette scène, on peut alors voir la succession de plan entre la pièce ou Emma et Rodolphe se trouvent et les comices agricoles, ce qui illustre parfaitement l'image présentée dans le roman de Flaubert. On y voit Rodolphe, s'adressant à Emma, reprenant à la lettre le discours qu'il tient dans le roman alors qu'elle regarde dans le vide, tournée vers la fenêtre dont elle perçoit la fête.
On a alors une image parfaitement représentative du roman qui illustre à la perfection ce que Flaubert à écrit. Seule différence : la scène se termine par l'image d'un baiser passionné qu'on ne retrouve pas de manière explicite chez Flaubert.
Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008
Tout comme dans le roman et le film de Chabrol, on retrouve cette alternance de plans (cases) entre les comices et les amoureux. De petites parties du discours de Rodolphe apparaissent traduisant une volonté de reprendre de manière fidèle Flaubert, ainsi que le lieu avec la fenêtre donnant sur les comices. La scène se termine là aussi par un baiser passionné entre les deux amoureux : on a alors l'impression d'une adaptation de Chabrol plus que de Flaubert et on peut d'ailleurs noter que les personnages et les vêtements sont également inspirés du film de Chabrol.
Posy Simmonds, Gemma Bovery, 2001
On ne retrouve pas la première déclaration de Patrick (qui remplace Rodolphe). En effet, celui-ci étant l'ex de Gemma avant qu'elle ne se marie avec Charlie, nous n'avons pas les détails du commencement de leur amour. On trouve néanmoins la déclaration de Hervé (qui remplace Léon), qui suite aux propos d'Emma qui dit que leur relation ne durera pas et que c'est pour ça que c'est beau, lui déclare enfin ses véritables sentiments de manière très implicite et niaise qui parodie les déclarations très romantiques qu'on peut trouver.
Note : Dans l'adaptation cinématographique Gemma Bovery d'Anne Fontaine, la scène est représentée différemment : c'est lors d'une visite d'Hervé chez Emma que celui-ci lui fait sa déclaration alors que Charlie s'est absenté.
Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973
Planche référente
Ici, les deux amants se retrouvent au théâtre à Rouen, en face à face sur la scène vide. Par ce lieu, l'aveu des sentiments de Rodolphe semble être une illusion, une "comédie" comme au théâtre à laquelle Emma ne croit pas : ils sont tous deux acteurs. Les propos tenus ne sont pas les mêmes que dans le roman, apportant alors une modernité au discours. Emma, qui paraît à la fois proche et éloignée de Rodolphe (elle ne regarde presque jamais Rodolphe, elle a un rôle d'actrice), participe davantage au dialogue qui se crée. Elle montre son admiration pour lui, évoque sa richesse et ses connaissance, elle est admirative de son rang. Rodolphe finit par lui avouer explicitement ses sentiments : "Je t'aime, Emma, et j'ignorais qu'on pouvait aimer ainsi" tout en lui tenant le visage de ses deux mains ; il y a donc ici aussi un rapport physique lié aux mains, mais plus démonstratif d'un romantisme que dans le roman. Les deux amants s'embrassent finalement et Emma veut s'en aller de ce lieu : elle ne veut pas que leur amour soit toucher par l'illusion et la comédie, elle veut un amour réel et vivant.
Dans cette adaptation, on trouve un aspect assez fidèle mais la scène est néanmoins actualisée par les discours, les vêtements. On trouve également sur le théâtre avec la référence aux acteurs et à leur rôle ce qui renforce l'illusion de l'amour.
Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)
Dans cette pièce, la déclaration de Rodolphe n'a pas complètement lieue lors des comices agricoles. Lors des comices, symbolisées par l'écriture "comices agricoles" sur la toile de fond et un vieil homme criant sur un escabeau, on retrouve Rodolphe et Emma. Dans leurs propos, on retrouve une reprise des paroles tenues dans le roman "Triste distraction car on n'y trouve pas le bonheur", "ce trésor que l'on a tant cherché"... La juxtaposition du dialogue entre Emma et Rodolphe et les annonces faites par le vieil homme crée une sorte de brouhaha qui empêche de se concentrer sur les deux amants comme les alternances dans le roman entre les comices et les deux personnages. La scène se termine par l'action de Rodolphe qui impose le calme : "Ta gueule !" et permet alors une réflexion sur la possibilité qu'Emma puisse l'aimer, il se questionne. C'est finalement 6 semaines plus tard que Rodolphe retrouve Emma, se met à genoux devant elle et lui déclare "Je vous aime.". Emma évite le sujet : "Je vous sers quelque chose ?", l'ignorant alors (mais ce n'est pas pour autant que leur liaison n'a pas lieue car Rodolphe lui propose de monter à cheval et, poussée par Charles, Emma accepte, tout comme dans le roman, et tombe dans les bras de Rodolphe.
Nous avons donc ici une annonce explicite de la part de Rodolphe contrairement à Flaubert. La scène est également modifiée, il n'y a pas de rapprochement physique entre les deux personnages, elle est actualisée par le langage employé, mais elle reste néanmoins assez fidèle avec la reprise des dialogues.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire