samedi 20 février 2016

La première déception d'Emma (partie 1 chapitre 5 )


Flaubert, Madame Bovary, 1857


      Dans le roman de Flaubert, la première déception d'Emma est liée aux actes de son mari Charles. En effet, ce sont les actions de ce dernier constamment heureux et émerveillé qui l'ennuient. Cette lassitude est représentée par les énumérations et les descriptions des actes de Charles qui apparaît comme un homme faible qui ne peut "se retenir", un "enfant qui se pend après vous". Le narrateur nous offre alors une analyse psychologique de l'héroïne puisque nous entrons dans ses pensées : "songeait-elle". La déception d'Emma a lieu à cause d'illusions causées par ses livres "avaient paru si beaux dans les livres". Elle est si absorbée à chercher le sens de "félicité", "passion" et "ivresse" qu'elle ne vit pas et cherche insatisfaite toujours plus. Ce passage nous annonce la début de la déchéance du personnage dans un cercle vicieux entre rêves, espérances et déceptions. 


Daniel Bardet, Madame Bovary, 2008

      La déception est représentée comme dans le roman par la comparaison de sa vie aux histoires qu'elle a pu trouver dans ses livres. La BD très fidèle reprend des citations comme "le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n'était pas venu". On entre également dans les pensées de l'héroïne très facilement.


Posy Simmonds, Gemma Bovery, 2001

     La première déception de Gemma dans le roman graphique est délivrée dans son journal. En effet c'est la "première entrée du journal" et la déception est présente par la haine que Gemma éprouve contre le lieu, le calme et enfin Charlie, son mari : "elle hait la Normandie" "elle hait Bailleville" "elle hait la pluie" "la maison est une énorme déception" "ce calme mortel qui l'horripile" "je hais ma vie" "à le haïr [Charlie] aussi". C'est donc la maison qui reflète le plus la déception du personnage et qui est au centre de son ennui et des sentiments négatifs. 


Bovary 73, magazine Nous Deux, n°1340 (supplément), septembre 1973
Planche référente

     La planche de la première déception d'Emma s'intitule "Premières désillusions", preuve que la jeune femme se passionne pour la rêverie même dans une adaptation de 1973. Sur cette planche, Emma s'occupe de la décoration de la maison tandis que Charles s'enferme dans de longs silences qui "conviennent à sa nature". Cependant la mère de Charles reproche à sa belle fille ces changements. S'en suit alors des soirées entières où Charles ne discutent pas et où Emma lui reproche. Nous sommes alors témoins des pensées d'Emma qui réfléchit sur le mariage comme dans le roman et alors qu'Emma tente de réveiller Charles pour lui parler de ses tourments, celui-ci ne l'écoute pas. Elle a alors de la peine. Le fond de la réflexion et de l'analyse de la psychologie du personnage sont présents dans ce roman-photo, cependant il nous offre également une représentation des échecs de communications dans un couple. 


Moritz Dinoponera, Bovary, pièce de province, 2014 (compagnie Howl Factory)

     Dans le spectacle, la scène est représentée après la consommation du mariage du couple Bovary. Emma lit des poèmes de Musset et alors s'effectue une rupture, elle commence à rejeter Charles par le biais de ses bottes. Alors que Charles est parti travailler, elle reste avec son chien et lui parle, lui posant des questions. "Pourquoi me suis-je mariée ?". Elle se divertie en chantant une musique dont les paroles sont portées sur le mariage et l'ennui maladif. La représentation de la première déception d'Emma est très différente dans cette pièce mais le fond est le même : on découvre les pensées de l'héroïne quand elle se confie à son chien et chante une chanson. Elle repousse également Charles par le biais de ses bottes.


Alfred de Richemont, Emma et Charles, 1905 (gravure)
     Cette gravure de de Richemont représente Emma et Charles à table dans le appartement. Charles mange tandis qu'Emma semble préoccupée et rêveuse. Cette gravure est très représentative de la première déception d'Emma car on perçoit son ennui face à son mari voûté et sans doute sans aucune discussion - ce qu'elle lui reproche. Les deux personnes sont séparés malgré leur lien du mariage et ne partage pas la même activité : Emma repousse Charles pour ses rêveries. L'homme est également en train de faire quelque chose de concret, de réel et de nécessaire : manger, tandis que sa femme se berce d'illusions. 

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