samedi 20 février 2016

Réflexion sur le bovarysme : histoire et interprétation


     Le bovarysme est un trouble de la personnalité dont souffrent parfois les personnes insatisfaites. Ce terme fait directement référence au personnage d'Emma Bovary de Gustave Flaubert, protagoniste du roman réaliste Madame Bovary publié en 1856 et jugé pour atteinte aux bonnes mœurs. Le bovarysme est un mal de vivre souvent réservé aux œuvres littéraires et aux analyses qui en découlent. Cependant, il est pour certains médecins et professionnels de la santé et de la psychologie un véritable phénomène de société toujours d'actualité.

     Selon quelques critiques littéraires, le bovarysme est pour la première fois représenté par Balzac dans La Femme de trente ans, où l'auteur évoquait un trouble féminin similaire caractérisé par l'ennui, l'échec et l'insatisfaction. Pourtant le bovarysme n'a rien de caractéristique à la tragédie où l'héroïne affronte le destin avec énergie et lucidité : ici il est question de « passivité nostalgique et fascinée » (J. Gracq). On peut alors trouver trois phases successives de cette pathologie : le sentiment de dégoût et d'ennui, un « insaisissable malaise, qui change d’aspect comme les nuées, qui tourbil­lonne comme le vent » (Madame Bovary, Ière partie, chap. 7) ; suivi une illusion de pouvoir combler le néant par les rêves, les désirs et les souvenirs, pris au piège de « l’attirante fantas­magorie des réalités sentimentales » (Madame Bovary, IIème partie, chap. 6) ; puis d'un vertige, de la disparition de la rêverie associés à une « mort » qui aboutissent à un nouveau malaise.

    Le bovarysme se traduit principalement dans la vie sentimentale et sexuelle. C'est un mal essentiellement moderne : Baudelaire y voit « un caractère hystérique », les Goncourt en font également une description clinique dans Germinie Lacerteux. C'est le rêve de grandeur et de passion qui rapproche le bovarysme aux illusions romantiques présentes notamment dans les Méditations poétiques de Lamartine. Flaubert offre alors une version nuancée et dégradée où l'échec des idéaux devient anti héroïque, caractéristique au personnage de Madame Bovary. 

     Sur le plan historique, le bovarysme prend essence au XIXème siècle, alors que la femme est encore une femme-objet dominée, condamnée à la frustration et aux désillusions. D'ailleurs Emma perd sont identité lorsqu'elle se marrie et se caractérise par le nom de son époux : Madame Bovary. Cependant, il est encore présent au XXème siècle dans le roman de Perec, Les Choses de 1958. On peut citer : « Ils croyaient imaginer le bonheur [...]. Ils croyaient qu’il leur suffisait de marcher pour que leur marche soit un bonheur. Mais ils se retrouvaient seuls, immobiles, un peu vides. Une plaine grise et glacée, une steppe aride : nul palais ne se dressait aux portes des déserts, nulle esplanade ne leur servait d’horizon. ».

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